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Virginia Woolf – La Pléiade

À l’occasion de la sortie en mars 2012 à La Pléiade, d’une traduction de l’œuvre romanesque de Virginia Woolf dirigée par Jacques Aubert, Stella Harrison organise une rencontre sur la singularité de cette écriture, son effet de bordage de la jouissance, la spécificité de la langue anglaise en cette occurrence, et les nombreuses questions que peuvent en poser la traduction. Stella Harrison a publié en 2011 un ouvrage collectif – Virginia Woolf. L’écriture refuge contre la folie – inspiré par une remarque de Jacques Alain Miller sur Mrs Dalloway le 14 janvier 2009 : « Joyce s’est distingué dans l’écriture du flux de conscience – stream of consciousness -. Ulysse est censé nous donner ça. Virginia Woolf s’y est adonnée à son tour dans un roman, gentil – sa schizophrénie n’était pas encore assez avancée pour que ce soit plus intéressant – dans son roman qui s’appelle Mrs Dalloway. » Et cet ouvrage a réussi à raviver notre intérêt pour la force et la fragilité du style de cet écrivain. En effet, les neuf auteurs de cet ouvrage y articulent l’usage qu’elle fit de la lettre pour lutter contre le flot où elle finit par s’engouffrer. Leurs interventions le  29 septembre prochain, nous permettront d’interroger ce qui est enseignant dans cette écriture pour la psychanalyse.

Le 29 septembre prochain, Jacques Aubert, Michèle Rivoire, Josiane Paccaud- Huguet, traducteurs d’une partie de l’œuvre romanesque de  Virginia Woolf éditée tout récemment dans La Pléiade, et Claire Baulieu, chorégraphe, réalisatrice d’un beau court métrage sur Virginia Woolf, nous feront l’honneur de leur présence, à l’hôtel de Massa, à Paris. Cette rencontre (13h30 à 19h) est organisée par l’Envers de Paris et avec la participation de la bibliothèque de l’École de la  Cause freudienne, l’Association des psychologues freudiens, le Google Group sur lalanglaise et l’ACF-Île-de-France. Lalangue, la  langue anglaise, la  lettre, la traduction, l’ironie de Virginia Woolf y seront évoqués, et nous pourrons aussi articuler ces points avec des textes de l’ouvrage collectif Virginia Woolf, l’écriture refuge contre la folie (2) – Jacques Aubert et Michèle Rivoire en sont deux co-auteurs. Ce moment permettra une conversation et des exposés courts sur des points vifs touchant à cette nouvelle traduction.

-Traduction ? Mais en quoi des psychanalystes et des analystes en formation seraient-ils  concernés  par  la traduction ?

-Voilà le premier point que nous souhaitons voir un brin éclairci ! Le travail de traduction effectué par sujets traversés par la psychanalyse porte-t-il des marques spécifiques de cette expérience ?

-Certes…

La traduction d’un sujet traversé par l’enseignement de Lacan mord-elle davantage sur le réel ? Réduit-elle davantage le luisant des semblants ?  Nous approcherait-elle plus d’« un discours qui ne serait pas du semblant » ?

En quoi l’orientation vers le réel permettrait- elle au traducteur de faire résonner, viser, faire mouche avec les mots ? Ces mots « à l’aide » desquels, nous dit Lacan : « l’homme pense. Et c’est dans la rencontre de ces mots avec son corps que quelque chose se dessine. D’ailleurs, j’oserais dire à ce propos le terme d’inné – s’il n’y avait pas de mots, de quoi l’homme pourrait-il témoigner ? C’est là qu’il met le sens. » (3) L’expérience analytique donnerait-elle un coup de pouce à cette possibilité de témoignage, de traduction ? Faisons en le pari !

-Vous commencez à me… convaincre…

-Enfin ! Que nous apprendra cette après-midi sur la langue anglaise, comme celle qui  «  résiste à  l’inconscient »,  formule de Jacques Lacan dans Le Séminaire XXII-RSI, du 11 février 1975 ?

Et avancerons-nous sur cette idée évoquée, encore, par Lacan, lorsqu’il commente Ernest Jones à l’Université de Yale, le 24 novembre 1975, Jones sensible à  la « bifidité » de la langue anglaise (de racine germanique et de racine latine) ? Cette bifidité, dit Lacan, « pouvait tamponner les choses : ça sert à ce que ça n’aille pas très loin. C’est l’équivoque, la pluralité des sens qui favorise le passage à l’inconscient dans le discours ». Munis d’exemples woolfiens, nous tenterons de déminer ces zones obscures.

– « Woolfiens ? » Vous en faites un adjectif ? Pourquoi votre Virginia Woolf intéresserait-elle des psychanalystes ? Rappelons que Jacques-Alain  Miller, dans son  Cours, «  Choses de  finesse en psychanalyse »,  le  14 janvier 2009, classait le stream of consciousness, (flux de conscience), « dans les effets de l’invention freudienne sur la littérature, pourquoi pas une mise en forme littéraire de l’amorphe mental ». Il déclarait encore – et telle est la source même de l’ouvrage collectif Virginia Woolf, l’écriture, refuge contre la folie, que la schizophrénie de Virginia Woolf n’était pas encore assez avancée dans ce « gentil roman », qu’il éclairait alors, avec l’œuvre tardive de l’écrivaine, sous un nouveau jour. Ce genre, précisait J.-A. Miller, datant de la fin du XIXe siècle, début du XXe , était un genre littéraire auquel s’était adonnée, après Joyce avec son Ulysses, Virginia Woolf, avec Mrs Dalloway.

Voilà ! Joyce… dites-vous…, Woolf, y aurait-il là du même ? Difficile à dire… encore que Virginia s’est bien résolue à publier Joyce, qu’elle jugea longtemps « indécent » ! N’oublions pas un autre point : pourquoi Jacques Aubert la dit-il un jour plus difficile à traduire que Joyce ? (4 ) Encore un fil ! Retordons-le sans retard, et avec lui.

1. Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre XXIII, Le Sinthome, Seuil, page 133.

2. Ouvrage collectif publié sous la direction de Stella Harrison, Virginia Woolf, l’écriture refuge contre la folie, éditions Michèle, Mars 2011.

3. Jacques Lacan, Conférence à Genève sur le symptôme, 1974,10, 04.

4. Jacques Aubert, Virginia Woolf, Identité, po- litique, écriture, sous la direction de Françoise Duroux, Indigo, Paris, août 2008, p. 94

Genre

Captation

Réalisateur

Christophe Dimitri Réveille

Sortie

2012

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